
Ils étaient nombreux à ne pas arriver à retenir leurs larmes en apprenant l'atroce nouvelle en ce triste après midi : la célèbre chanteuse marocaine Rajae Belmlih s'est éteinte dimanche à Rabat, subitement, alors que son large public la croyait bien rétablie et guérie de son cancer. On se trompait, car malgré tout son courage et sa grande volonté, la chanteuse a vu dernièrement son état de santé se détériorer. A 45 ans, c'est trop tôt pour partir, mais la diva marocaine a su toutefois marquer les esprits durant sa courte vie. Son talent incontestable, sa belle voix et sa grande douceur charmaient un public qui ne cessait de s'élargir. C'est dans les années 1980 que l'interprète de «Ya jara wadina» fait sa première apparition dans l'émission concours «Adwae Al madina» dont elle remporte le premier prix. Ce fut une belle révélation et le début d'une carrière exceptionnelle. Mais son succès ne l'empêche pas de mener en parallèle ses études académiques. Une période que la chanteuse se remémorait avec beaucoup de nostalgie. Les bancs du jardin Merdoukh à Casablanca se rappellent encore des petites virées joyeuses de Rajae et de ses copines. Ses études ont été couronnées par une licence en lettres décrochée à la faculté de Rabat. Menant en parallèle son parcours académique et artistique, la jeune Rajae n'a pas tardé à lancer son premier album en 1987. Ce fut l'inoubliable «Ya jara wadina». Elle y chante l'amour, la nostalgie, la liberté et la Palestine. Le succès est au rendez-vous et le public apprécie déjà la voix harmonieuse et la présence charismatique de la jeune chanteuse. Encouragée, elle récidive en sortant un nouvel album:«Hakada addounia Toussameh» et se fait très vite une place dans la cour des grands. Mais le véritable essor de sa carrière s'est effectué lors de son départ, au début des années 1990, au Caire. Avec son habituelle intelligence artistique, elle choisit bien les compositeurs et les paroliers de ses chansons (Hilmi Bakr, Jamal Salama, Mohamed Diae et autres Salah Chernoubi). Le résultat: Une multitude d'albums, aussi réussis les uns que les autres. Avec«Sabri Alik Tal», «Ya Rhayeb», «Eâtiraf», l'artiste confirme son talent et charme le public arabe. La critique suit et les perspectives sont bien prometteuses. La chanteuse marocaine est consacrée au niveau arabe en cumulant les récompenses obtenues dans les plus prestigieuses manifestations, en 1995 au festival international du Caire de la chanson et de la musique arabe, en 1996 au festival de la chanson tunisienne et au 3e festival international du Caire. Profondément humaine, la chanteuse fut nommée en 1999 «ambassadrice de l'UNICEF». C'était le résultat logique de ses nombreuses actions humanitaires et caritatives. Un véritable succès story que seule la maladie vient troubler. Sa chanson «Chouq El Ouyoune», qu'elle sort après son premier séjour hospitalier, était un beau cadeau, une sorte de renouvellement de voeux avec son public, toujours fidèle. Mère d'un enfant, Omar, 5 ans, Rajae Belmlih a fait deux apparitions cet été sur la deuxième chaîne nationale. Dans l'émission artistique «Ahl al Maghna», puis lors du premier prime de Studio 2M, la diva marocaine affichait un visage rayonnant d'espoir et de volonté, malgré les traces de fatigue et comme d'habitude, elle tenait un discours plein d'esprit et de modestie. C'était sa façon de dire adieu à son public, qui ne se doutait pas que ça serait sa dernière rencontre avec la douce interprète de «Ya ghayeb âane ouyouni». Une grande perte !
Hayat Kamal Idrissi | LE MATIN
03.09.2007

